Allez on s'arrête pas sur la lancée ! Deuxième salve...
Cher journal 2
Cher journal,
Que me reste-t-il aujourd'hui à part la tentation devenue obsession puis passion ? Elle m'a rongé, dévoré, consumé à petit feu sans jamais me laisser le soulagement de mourir. La tentation a un corps et un esprit qui me sont inaccessibles, la passion a un nom qui me dit non.
Elle est celle qui m'a fait fondre mais je suis celui qui a gâché ma vie. La voir me fait frissonner, l'entendre me fait frémir, la sentir me fait chavirer. Pourquoi donc suis-je si faible, si animal ? Ce mal me consume depuis l'intérieur, envahit mes pensées et hante mes rêves.
Et si la vie a un sens, pourquoi ai-je pris une direction qui m'a fait heurter ce mur implacable ? Laisser son âme se faire corrompre par l'instinct primaire de reproduction, mon histoire est-elle le miroir d'autre chose que de cette déplorable fatalité ? L'esprit ne transcende pas toujours le corps, que l'on arrête de se leurrer ! Il n'y a pas une parcelle de mon être qui soit épargnée par cette envie dévastatrice.
Trop d'émotions dans si peu de chair, trop d'échecs en si peu de temps, trop de désillusion pour un seul individu. Existe-t-il un remède, un vaccin ou une drogue qui puisse apaiser mes souffrances ? Si je pouvais vous oublier, je n'hésiterais qu'une seule seconde à le faire. Mes écrits vous touchent-ils ou vous laissent-ils indifférentes ?
Le malheur n'a pas de logique, le bonheur non plus. Quand reverrai-je donc le second ? Le temps efface toutes les peines mais aussi toutes les joies par conséquent j'espère que cette phase ne se prolongera pas. Une cicatrice dans mon c½ur s'est gravée, une brûlure dans mon âme m'a obligé à l'amputer, une plaie dans mon corps s'est ouverte et déverse des litres de désirs inassouvis.
Te reconnais-tu sous le flot d'encre de ma plume sali par mes larmes ? Eprouves-tu de la compassion en te baignant dans les abîmes de mes pensées ? Supportes-tu ma complainte répétitive ?
Vouloir, vouloir, vouloir...comment puis-je y échapper ? Souffrir, souffrir, souffrir...comment puis-je m'y soustraire ? Pleurer, pleurer, pleurer...comment puis-je m'y résoudre ?
Un hurlement résonne dans mes entrailles à chaque fois que ton image profane la basilique de mes rétines. Un déchirement atroce ravage mon ventre à chaque fois que le son de ta voix bafoue le sanctuaire de mes tympans. Un empalement fait couler le sang de mon c½ur à chaque fois que ton odeur viole le temple de mes narines.
La force me manque désormais de vivre. Mais heureusement que comme un corps se laissant dériver sur l'eau, une âme peut se laisser vivre. La spirale de la défaite m'a happé, moi qui jadis riais de mes innombrables et éclatantes victoires. Un soldat comme les autres dans la masse crasseuse est tombé au combat mais il y a-t-il seulement quelqu'un pour s'en rendre compte ?
J'ai très souvent pardonné gratuitement, j'ai toujours payé pour mon absolution mais l'ai rarement obtenue. Je t'offre le trône de ma personne mais que vaut un royaume déchu ?
Peut-on caresser pire que le pire, flirter avec plus froid que le froid, fricoter avec plus noir que le noir ? Je le crois bien car les limites de la douleur sont extensibles, à l'infini ou du moins jusqu'à la mort.
C'est sans aucun faux semblant que je viens de t'ouvrir mon c½ur et que tu sens le sang s'en déverser.